Salle de musique — Musée de la Vie Rurale de Cul-des-Sarts

Cul-des-Sarts · Couvin · Belgique

L'Écho des Rièzes

Murmures à la Maison des Curiosités — Une immersion dans la mémoire rurale de Cul-des-Sarts, sur les pas du Docteur Georges André.

Photographies : Cyprien Delire

Récit : Christophe Delire

Visite guidée : Fernand Platbroot, mécène et passeur de mémoire

Au sud de Couvin, là où la terre de Cul-des-Sarts flirte avec la frontière, se dresse une bâtisse qui ne se contente pas d'exposer le passé : elle le respire. Sous l'impulsion visionnaire du Docteur Georges André, ancien bourgmestre et figure de proue de la mémoire locale, le Musée de la Vie Rurale est devenu le refuge des gestes oubliés. Aujourd'hui, c'est Fernand Platbroot, mécène et passeur passionné, qui nous en ouvre les portes. Suivez-nous pour une visite où l'objet devient témoin, et le silence, récit.

* Les illustrations de ce reportage sont des photographies originales prises lors de la visite du 30 avril 2026.

Audioguide : Cliquez sur le bouton Ecouter sous chaque photo pour entendre la legende en francais. Accessible a tous, malvoyants ou simplement curieux.

Le Passeur

Le Passeur de Mémoire

Fernand Platbroot ne récite pas, il raconte. Sous son regard, l'objet le plus humble retrouve sa noblesse et sa fonction. C'est lui qui nous a ouvert les portes de cette maison, ce 30 avril 2026.

La transmission commence ici
« Ici, chaque objet a une histoire. Et chaque histoire, un visage. »

La transmission commence ici

Fernand Platbroot et Christophe Delire, au cœur du musée. La visite commence par une conversation.

Un musée sans guide est une horloge sans balancier.

Fernand Platbroot

Fernand Platbroot

Fernand Platbroot feuillette un album photo du musée. Il a repris la collection du Docteur André en 2019 pour en assurer la pérennité.

Chaque page tournée est un village qui renaît.

La complicité des passeurs

La complicité des passeurs

Fernand Platbroot et Christophe Delire. La mémoire se transmet d'homme à homme.

Certains bâtissent des monuments. D'autres gardent vivants ceux qui existent déjà.

Le récit en gestes
« Soigner, c'était aussi écouter battre le cœur de la ruralité. »

Le récit en gestes

Fernand Platbroot raconte. Christophe Delire écoute. C'est ainsi que fonctionne ce musée — de vive voix.

Je ne suis pas conservateur. Je suis gardien.

L'échange animé

L'échange animé

Fernand Platbroot et Christophe Delire. La passion du lieu rend la discussion inépuisable.

La mémoire se transmet dans l'urgence du vivant.

Le Sabotier

L'Atelier du Sabotier

Des centaines de sabots couvrent les murs du sol au plafond. Chaque paire raconte une saison de travail dans les champs boueux des Rièzes. Le sabotier était l'artisan indispensable de la vie rurale — sans lui, pas de labour, pas de marché, pas de messe.

La collection

La collection

Sabots de travail, sabots du dimanche — toutes tailles, toutes fonctions. Le musée en conserve plusieurs centaines.

Un sabot, c'est un pied qui tient debout dans la boue.

Les outils du sabotier

Les outils du sabotier

Gouges, cuillers, rouflaquettes — chaque outil correspond à une étape précise de la fabrication. Un savoir-faire transmis sur des générations, aujourd'hui disparu.

Oublier un métier, c'est effacer une façon d'être au monde.

Du sol au plafond

Du sol au plafond

L'abondance de la collection dit tout de la place que tenait le sabotier dans la vie villageoise des Rièzes.

Fait pour durer. Fait pour servir.

L'atelier reconstitué

L'atelier reconstitué

L'atelier tel qu'il fonctionnait encore au début du XXe siècle dans les villages des Rièzes.

L'outil n'était que le prolongement de la volonté de l'homme.

Vie Quotidienne

Les Gestes du Quotidien

Comment vivait-on ici, il y a cent ans ? Comment se chauffait-on, s'éclairait-on, se nourrissait-on ? Le musée répond avec une précision presque pédagogique — et pourtant, ce n'est pas une leçon. C'est une évidence retrouvée.

Le buffet de la maison rurale
« On mesurait la richesse à la hauteur des flammes et à la blancheur du linge. »

Le buffet de la maison rurale

Baratte, moulin à café, récipients en grès — les ustensiles domestiques d'une ferme des Rièzes au tournant du XXe siècle.

La vie d'avant n'était pas simple. Elle était précise.

L'âtre

L'âtre

Autour de la cheminée, toute la vie s'organisait : chauffer, cuire, sécher, veiller. Le feu était le cœur battant de la maison rurale.

Avant l'électricité, il y avait l'ingéniosité.

La vaisselle du dimanche

La vaisselle du dimanche

Sortie pour les grandes occasions, la vaisselle du dimanche était le signe visible d'une certaine dignité dans les foyers ruraux.

La nuit n'était pas noire. Elle était habitée.

Scène de vie miniature

Scène de vie miniature

Ces petits tableaux vivants reconstituent l'intimité des foyers d'autrefois avec une précision touchante.

Un objet ordinaire. Une vie extraordinaire derrière lui.

La chambre à coucher

La chambre à coucher

La chambre rurale — espace intime et solennel à la fois. Le lit brodé était souvent le seul meuble de valeur de la maison.

Le sommeil avait ses rituels.

La cuisine

La cuisine

Balances, moulins, ustensiles en bois — toute la richesse de la cuisine rurale d'autrefois, réunie dans une seule vitrine.

Le passé mijote dans ces ustensiles oubliés.

Intérieurs

La Maison de Mémoire

On ne franchit pas cette porte pour visiter une collection, mais pour entrer chez quelqu'un. Chaque salle est une pièce de vie reconstituée avec soin. Les objets ne sont pas exposés — ils habitent encore les lieux.

Le vaisselier illuminé

Le vaisselier illuminé

Porcelaines et figurines conservées dans leur vaisselier d'origine. La lumière intérieure leur restitue une présence.

La lumière ici a une mémoire.

Les assiettes historiques

Les assiettes historiques

Chaque assiette illustre une scène historique ou un portrait. Conservées avec la même attention qu'un tableau de maître.

La beauté de ce qui a vraiment servi.

Les globes de mariée

Les globes de mariée

Ces dômes de verre protégeaient les souvenirs de mariage les plus précieux des familles rurales. Certains renferment une statuette de la Vierge.

Sous verre, le bonheur se conserve.

Le mouton en vitrine

Le mouton en vitrine

Modèle grandeur nature, conservé dans sa vitrine d'origine. Témoin de l'élevage ovin qui rythmait autrefois la vie des Rièzes.

Certains témoins ont quatre pattes.

La cuisine reconstituée

La cuisine reconstituée

Une pièce entière reconstituée à l'identique — buffet, poteries, cuivres. La densité des objets recrée l'atmosphère d'une maison habitée.

Une maison qui se souvient.

Le garde civique

Le garde civique

Tenue de la garde civique locale, XIXe siècle. Le musée conserve aussi la mémoire des institutions et de l'ordre civil d'autrefois.

L'uniforme raconte l'ordre d'un autre monde.

La toilette masculine

La toilette masculine

Nécessaire de rasage Gillette, bol en céramique, miroir triptyque. La toilette masculine d'autrefois avait ses rituels et ses objets de qualité.

Le temps suspendu dans le reflet d'un geste oublié.

La vitrine des jouets

La vitrine des jouets

Poupées, figurines, livres, jouets anciens — un inventaire de l'enfance rurale du XXe siècle.

Échos du temps, murmures d'une vie révolue.

L'École

Le Silence des Pupitres

Dans la salle de classe reconstituée, l'encre semble encore fraîche. On devine le crissement des plumes sur le papier et la discipline de fer des hivers d'autrefois. Le savoir était un privilège qui se gagnait au bout d'un chemin de terre.

Certificat d'études, 1886

Certificat d'études, 1886

Certificat d'études primaires, République Française, 1886. Pour un enfant rural de l'époque, l'obtenir représentait une réussite considérable.

L'encre du savoir, figée dans le temps.

Le cahier de narration

Le cahier de narration

« Narration. Des trois filles. » — un devoir d'écolier conservé intact. Les lunettes posées sur le cahier semblent attendre leur lecteur.

Le temps s'est arrêté sur ces pages d'autrefois.

La classe reconstituée

La classe reconstituée

Tableau noir, pupitre, carte murale ancienne — la salle de classe rurale du début du XXe siècle, reconstituée grandeur nature.

Le passé murmure ses leçons éternelles.

Uniformes & Histoire

Les Habits de l'Histoire

Le musée conserve aussi la mémoire des institutions — gardes civiques, militaires, corps de métier. Ces uniformes racontent l'organisation sociale d'un monde rural qui n'était pas sans ordre ni hiérarchie.

L'officier et son sabre

L'officier et son sabre

Uniforme militaire d'apparat, XIXe siècle. L'écharpe rouge et l'emblème du lion indiquent un grade et une appartenance à un corps local.

L'acier poli, témoin d'une histoire oubliée.

Tabac & Fraude

Le Tabac, le Chien et la Frontière

Cul-des-Sarts, village frontalier. La manufacture Thomas Philippe faisait vivre le village. Le tabac — importé de Virginie — était fraudé vers la France par des moyens ingénieux. Le musée en conserve les preuves matérielles.

La manufacture Thomas Philippe

La manufacture Thomas Philippe

Collection de tabacs de la famille Thomas Philippe. Les feuilles provenaient notamment de Virginie, importées pour être travaillées et revendues.

La frontière était une ligne, pas un mur.

Les boîtes et emballages

Les boîtes et emballages

Boîtes à tabac, étuis et emballages de la manufacture locale. Chaque marque avait son identité graphique, ses clients fidèles.

Le commerce clandestin avait ses marques déposées.

Le collier de chien fraudeur

Le collier de chien fraudeur

Collier de chien bourré de tabac aplati — l'un des stratagèmes utilisés pour passer la frontière française sans éveiller les soupçons des douaniers.

Le meilleur passeur avait quatre pattes.

Grande Guerre

Les Cicatrices de l'Histoire

Le musée ne détourne pas le regard de la violence de l'histoire. Une vitrine entière est consacrée à la Grande Guerre et aux conflits qui ont traversé la région. L'épée de Rocroi rappelle que ces terres ont été des champs de bataille bien avant 1914.

La vitrine 14-18

La vitrine 14-18

Objets, documents et équipements de la Première Guerre mondiale collectés dans la région de Couvin. La guerre est passée ici aussi.

La paix se construit avec la mémoire de la guerre.

L'épée de Rocroi, 1643

L'épée de Rocroi, 1643

Épée datant de la bataille de Rocroi (1643), conservée au musée. À quelques kilomètres de Cul-des-Sarts, cette bataille marqua le déclin de la puissance militaire espagnole en Europe.

L'acier garde la mémoire de ce que les livres oublient.

Détails & Objets

Ici, Rien n'est Muet

Sur les étagères, dans les vitrines, accrochés aux murs — les objets sont partout. Chacun a appartenu à quelqu'un. Chacun a servi, usé, transmis. Ces objets ne sont pas des curiosités. Ce sont des témoins.

Les ustensiles de cuisine

Les ustensiles de cuisine

Louches, moules, instruments de mesure en bois et métal. Chaque pièce a connu une main, une cuisine, une famille.

Chaque objet a connu une main.

Bloc Historique

Le Docteur Georges André :
Un Homme, Une Mémoire

Fernand Platbroot devant le buste en bronze du Docteur Georges André
Fernand Platbroot devant le buste en bronze du Docteur Georges André. Un geste de transmission.

Le Docteur Georges André est né en 1922 à Couvin. Sa vie est celle d'un homme engagé, à plusieurs titres. Durant la Seconde Guerre mondiale, il rejoint la Résistance et intègre la brigade du général Piron. Formé à la Patriotic School en Angleterre, il participe aux opérations de sabotage et soutient les partisans dans les maquis belges. Il sera décoré par la Fédération de Russie et nommé sous-lieutenant par arrêté du Régent.

Après la guerre, il revient dans sa région et exerce la médecine. Il devient Bourgmestre de Cul-des-Sarts, puis de Couvin — selon les sources disponibles — avant d'être nommé Bourgmestre honoraire. Il travaille également à la sauvegarde du bunker d'Hitler à Brûly-de-Pesche, qui deviendra le « Pavillon de la Mémoire ».

Mais c'est sa passion pour la mémoire rurale qui le distingue le plus. À travers le Cercle d'Histoire des Rièzes et des Sarts, il a œuvré pour que le patrimoine matériel — de la simple cuillère en bois à l'alambic de contrebande — soit préservé. En 1964, il acquiert l'ancienne école du village de Cul-des-Sarts — une bâtisse de 1799 — et commence à y installer ses collections. Le musée ouvre officiellement en 1973, selon les sources disponibles.

Son engagement local n'était pas une nostalgie du passé, mais une volonté de donner un socle à l'identité des villages de l'entité couvinoise. Ce musée est son testament culturel : un lieu où la petite histoire des gens rencontre la grande histoire de la région.

Le Docteur André est décédé en 2010. Son musée lui survit, grâce à sa fille Barbara André, qui a veillé à y transférer la pharmacie familiale après sa disparition. « Je voulais absolument que cette pharmacie continue à vivre, confie-t-elle. J'ai tellement de souvenirs de mes parents qui préparaient eux-mêmes des formules sur mesure pour chaque client — et des centaines d'enfants mis au monde dans la région, à domicile, naturellement. »

Le musée n'a jamais reçu le moindre subside. Pendant des décennies, il a été tenu par la famille et quelques bénévoles passionnés, dont Amparo Coronado, arrivée de Colombie en 1979 et devenue archiviste du Dr André, puis guide du musée. « J'ai appris le français et l'histoire de la région en même temps », raconte-t-elle dans un reportage de Julie Anciaux pour Canal C, filmé alors que la famille cherchait encore des pistes pour assurer l'avenir du lieu. C'est en 2019 que Fernand Platbroot reprend le flambeau comme mécène, permettant une rénovation complète et la réouverture du musée en 2022.

« Il disait toujours que chaque objet avait une histoire, et que c'était notre devoir de la raconter. »

— Barbara André, fille du Docteur Georges André

Le Tabac, le Chien et la Frontière

L'économie de Cul-des-Sarts fut longtemps dominée par la manufacture de tabac de la famille Thomas Philippe. Le village, situé à la frontière française, était au cœur d'un commerce clandestin florissant. Le tabac — importé de Virginie ou d'ailleurs — était fraudé vers la France par des moyens ingénieux. L'un d'eux : le collier de chien bourré de tabac aplati, facile à dissimuler autour du cou des animaux traversant la frontière. Ces anecdotes, transmises par les guides bénévoles du musée, font aujourd'hui la joie des visiteurs de tous âges.

Pourquoi ce Musée Compte

Ce lieu est un sanctuaire de la transmission. Dans un monde dématérialisé, la Maison des Curiosités nous reconnecte à la réalité physique du travail et du temps long. Elle témoigne de la résilience des populations rurales des plateaux ardennais et de l'ingéniosité déployée pour transformer une terre ingrate en un lieu de vie solidaire. Visiter ce musée, c'est honorer le savoir-faire de nos ancêtres et comprendre l'évolution de notre propre confort.

Planche — Voix du Musée

Barbara André
Fille du Docteur Georges André

« Il disait toujours que chaque objet avait une histoire, et que c'était notre devoir de la raconter. »

« Je voulais absolument que cette pharmacie continue à vivre. J'ai tellement de souvenirs de mes parents qui préparaient eux-mêmes des formules sur mesure pour chaque client. »

— Sur le transfert de la pharmacie familiale au musée

« Des centaines d'enfants mis au monde dans la région, à domicile, naturellement. »

— Sur la pratique médicale du Dr André

Source : Reportage de Julie Anciaux pour Canal C — filmé avant la reprise du musée par Fernand Platbroot en 2019.
Planche IV — Chronologie d'un Patrimoine Vivant
1799

Construction de la bâtisse — première école du village de Cul-des-Sarts

1964

Le Dr Georges André acquiert le bien et entame la restauration

1968

Premières collections installées — fonction muséale naissante

1973

Ouverture officielle du Musée de la Vie Rurale

2010

Décès du Dr André — le musée perpétue sa mémoire

2019

Rachat par Fernand Platbroot — renaissance du musée

2022

Réouverture après rénovation complète — musée métamorphosé

2025

Création de l'ASBL et nouvelle extension en cours

Planche V — Le Musée en Vidéo

Reportage Bouke Media

« Idée d'été » — Bouke Media · Julie Anciaux visite l'estaminet, la pharmacie et la saboterie

Reportage Couvin.com

Visite du musée — COUVIN.COM · 2:44 min

Informations Pratiques

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Adresse

Musée de la Vie Rurale
Maison des Curiosités
Rue de Rocroi 3
5660 Cul-des-Sarts — Couvin
Belgique

Contact

Tél. : +32 475 22 98 02
[email protected]

Tarifs

Adultes : 5 €
Enfants (3–12 ans) : 3 €
Entrée combinée possible avec les Grottes de Neptune et le site de Brûly-1940

Visites

Ouvert sur rendez-vous.
Contacter Monsieur Fernand Platbroot pour organiser votre visite.

Horaires et conditions à confirmer directement auprès du musée.

On ne sort pas seulement
d'un musée.

On ne quitte pas Cul-des-Sarts comme on quitte une exposition classique. On en sort avec le poids léger des souvenirs partagés. En refermant la porte derrière nous, on regarde les paysages des Rièzes différemment : chaque maison, chaque lisière de bois semble désormais habitée par les ombres bienveillantes de ceux qui, grâce au Docteur André et Fernand Platbroot, continuent de nous parler à travers le temps.

Ces objets, ces outils, ces gestes reconstitués — ils ne parlent pas du passé. Ils parlent de nous. De ce que nous avons reçu sans le savoir. De ce que nous risquons d'oublier si personne ne prend la peine de garder.

Fernand Platbroot garde.
Christophe Delire raconte.
Cyprien Delire photographie.
Et Cul-des-Sarts, lui, se souvient.

MUSÉE DE LA VIE RURALE · CUL-DES-SARTS

Photographies : Cyprien Delire · Récit : Christophe Delire

Visite guidée par Fernand Platbroot · Musée fondé par le Docteur Georges André

Visite du 30 avril 2026